Travail temporaire en Suisse : vos droits d'intérimaire 2026

Avant votre mission

En Suisse, l'intérimaire est employé par l'agence, pas par l'entreprise où il travaille. Pendant les trois premiers mois d'une mission sans date de fin, chaque partie peut y mettre fin avec deux jours ouvrables de préavis, puis sept jours jusqu'au sixième mois. En 2026, la CCT Location de services garantit en Suisse romande au moins 25,70 francs bruts l'heure, vacances, jours fériés et 13e compris, et davantage à Genève, sur l'arc lémanique ou avec un CFC.

Un contrat de mission se signe souvent vite, parfois la veille, et un renfort de fin d'année dans un entrepôt ou un magasin ne fait pas exception. Ce guide reprend ce que fixent la loi sur le service de l'emploi et la location de services (LSE), son ordonnance et la convention collective de la location de services, étendue par le Conseil fédéral jusqu'à fin 2027 : le préavis, le salaire, la maladie, la prévoyance et ce qui se passe si l'entreprise vous garde.

L'intérim en Suisse romande, en chiffres

Un intérimaire sur trois en Suisse est placé par une agence romande. En 2024, les agences romandes ont placé 135’126 personnes, sur 420’973 dans tout le pays, et loué 71,3 millions d'heures, sur 220,5 millions, selon le dernier rapport de l'Observatoire romand et tessinois de l'emploi (ORTE), qui s'appuie sur la statistique du SECO. L'année a été contrastée : les heures louées ont reculé de 1,4 % en Suisse mais progressé de 0,3 % en Suisse romande.

Canton Heures louées 2024 Variation sur 2023 Intérimaires 2024
Genève 27,7 millions +11,1 % 48’182
Vaud 22,2 millions −4,5 % 44’561
Valais 8,0 millions +10,8 % 18’098
Neuchâtel 6,2 millions −16,0 % 10’860
Fribourg 5,0 millions +2,4 % 9’795
Jura 2,2 millions −35,5 % 3’630

Genève pèse à elle seule près de quatre heures louées sur dix en Romandie. Le profil des intérimaires est aussi marqué : 80 % sont de nationalité étrangère en Suisse romande, contre 69 % au niveau national, et 31 % sont des femmes. Sur toute la Suisse, l'ORTE estime que l'intérim représente 121’693 postes à plein temps, soit 2,8 % de l'emploi, contre 0,7 % en 1995.

Ces chiffres ne disent pas comment se passe une mission. Pour cela, il faut d'abord comprendre qui vous emploie.

Qui est votre employeur ?

Votre employeur, c'est l'agence. Elle signe avec vous le contrat de travail, vous paie, déclare les assurances sociales et peut vous licencier. L'entreprise où vous travaillez, que la loi appelle l'entreprise locataire de services, vous donne les consignes au quotidien et paie l'agence pour vos heures. Les deux signent entre elles un contrat de location de services, que vous ne voyez pas en général.

Le contrat avec vous doit en principe être écrit (LSE, art. 19) et conclu avant le premier jour. Il précise le genre de travail, le lieu et la date de début, la durée de la mission ou le délai de congé, l'horaire, le salaire et les déductions, ce qui est dû en cas d'heures supplémentaires, de maladie, d'accident ou de vacances, et les dates de paie. En pratique, beaucoup d'agences vous font signer un contrat-cadre une fois, puis un contrat de mission pour chaque entreprise. En cas d'urgence, la signature peut suivre « dans les plus brefs délais », et pour une mission de six heures au plus, elle peut même manquer (OSE, art. 48).

Une agence doit avoir une autorisation cantonale pour louer vos services (LSE, art. 12). Vous pouvez la vérifier dans le répertoire public des agences autorisées tenu par le SECO, sur vzavg1.admin.ch. Sans autorisation, le contrat est nul, mais le Code des obligations protège quand même le travail déjà fourni. Et quel que soit le statut de l'agence, elle ne peut vous facturer ni inscription ni frais d'aucune sorte.

L'agence étant votre employeur, c'est aussi elle qui décide de la fin du contrat, avec des délais beaucoup plus courts que ceux d'un poste fixe.

Délais de congé : deux jours, sept jours, puis un mois

Si votre mission n'a pas de date de fin, la loi permet de la terminer avec un préavis de deux jours pendant les trois premiers mois d'emploi ininterrompu, puis de sept jours du quatrième au sixième mois. La règle vaut dans les deux sens : vous pouvez partir aussi vite que l'agence peut vous arrêter.

Article 19, alinéas 4 et 5, de la loi sur le service de l'emploi : préavis de deux jours les trois premiers mois, de sept jours du quatrième au sixième, et nullité des frais exigés du travailleur ou des clauses qui empêchent son transfert
Les deux règles qui comptent le plus pour un intérimaire : le préavis réduit des six premiers mois et l'interdiction des frais et des clauses de non-embauche. Source : fedlex.admin.ch, lu le 20 octobre 2026.

La convention précise le reste (CCT, art. 10 et 11). Les trois premiers mois d'un contrat sans date de fin sont un temps d'essai, avec deux jours ouvrables de préavis. À partir du septième mois, le délai passe à un mois, « pour le même jour du mois suivant » : une résiliation donnée le 12 mars prend effet le 12 avril, et non à la fin d'avril comme pour un poste fixe. Ce mois ne s'allonge pas avec les années, alors que le Code des obligations prévoit deux mois dès la deuxième année de service.

Une mission à durée déterminée, comme un renfort jusqu'au 24 décembre, se termine seule à la date prévue, sans préavis. Elle a pourtant un temps d'essai : les deux premiers tiers de la mission, trois mois au plus. Pour six semaines, cela fait quatre semaines pendant lesquelles l'agence ou vous pouvez arrêter avec deux jours ouvrables de préavis.

Ces préavis courts comptent le temps passé sans interruption dans la même agence. Pour d'autres droits, comme les jours fériés ou la prévoyance, les missions accomplies auprès de la même agence sur douze mois s'additionnent, même avec des pauses. Ces droits commencent par le plus concret : le salaire.

Le salaire minimum de la CCT Location de services en 2026

La convention fixe trois niveaux de salaire minimum selon votre formation, et un montant plus élevé dans les régions à hauts salaires. Le Conseil fédéral a étendu ces montants à toutes les agences du pays dès le 1er janvier 2026, par un arrêté du 11 décembre 2025. L'extension les rend obligatoires aussi pour les agences qui ne sont pas membres de l'association patronale signataire.

Pour un employé sans formation professionnelle, le salaire de base minimum est de 21,22 francs l'heure dans la plus grande partie de la Romandie, de 22,39 francs dans les régions à hauts salaires et de 22,70 francs à Genève. Avec un CFC, une formation de base de trois ans adaptée au poste ou une AFP plus trois ans de pratique, il monte à 25,86 francs, ou 27,62 francs dans les régions à hauts salaires. Un employé dit spécialisé, qui n'a pas le diplôme mais au moins quatre ans de pratique dans un métier pour lequel une formation existe, et 1’000 heures de travail par an, a droit à 88 % du minimum avec formation, soit 22,76 francs, ou 24,30 francs dans les régions à hauts salaires.

Barres empilées des minimums horaires 2026 de la CCT : 25,70 francs sans formation, 27,12 sur l'arc lémanique, 27,49 à Genève, 31,32 avec CFC, 33,44 avec CFC en région à hauts salaires, en base, fériés, vacances et 13e
Ce que contient le taux horaire minimum d'un intérimaire de 20 à 49 ans en 2026 : la base, puis les suppléments pour jours fériés, vacances et 13e salaire. Source : arrêté du Conseil fédéral du 11 décembre 2025, FF 2025 3547.

Les régions à hauts salaires sont, en Suisse romande, tout le canton de Genève et l'arc lémanique vaudois. La liste de la convention les désigne par numéro postal, de Coppet à Villeneuve : Nyon, Gland, Rolle, Morges, Renens, Crissier, Lausanne, Pully, Lutry, Vevey, Montreux et des dizaines d'autres localités. Ce qui compte, c'est le lieu de l'entreprise où vous travaillez, pas celui de l'agence ni votre domicile (CCT, art. 22).

Deux exceptions changent le calcul. D'abord, si l'entreprise d'accueil est soumise à une autre convention collective étendue, comme la construction ou l'hôtellerie-restauration, ce sont ses salaires et son temps de travail qui s'appliquent à vous (LSE, art. 20). Ensuite, les salaires minimums cantonaux priment s'ils sont plus élevés. À Genève, le salaire minimum légal est de 24,59 francs l'heure en 2026 et passera à 24,73 francs en 2027. Versé sur treize mois, il correspond à une base de 22,70 francs, exactement la ligne genevoise de la convention. À Neuchâtel, le minimum de 21,35 francs se compare à la base plus la part du 13e, vacances et jours fériés non compris : les 21,22 francs de la CCT plus leur 13e, soit 22,99 francs, le dépassent déjà. Même constat dans le Jura, dont la page du canton indique 21,40 francs depuis juillet 2024, part du 13e comprise.

Les montants de la convention sont indexés au renchérissement chaque 1er janvier. À la mi-octobre 2026, ceux de 2027 n'étaient pas encore publiés : vérifiez votre fiche de salaire de janvier. Et regardez-la ligne par ligne, car le taux horaire minimum ne s'arrête pas à la base.

Vacances, jours fériés et 13e : ce que contient votre taux horaire

Payé à l'heure, vous recevez en plus de la base trois suppléments, et la part vacances doit figurer à part sur votre décompte. Les jours fériés valent 3,2 % de la base. Les vacances valent 8,33 % de la base et des jours fériés, soit quatre semaines par an, ou 10,6 % jusqu'à 19 ans et dès 50 ans, soit cinq semaines. Le 13e salaire vaut encore 8,33 % du tout (CCT, art. 13, 14 et 18).

Le paiement des vacances avec le salaire n'est permis que pour une mission unique de trois mois au plus. Pour tout engagement plus long, l'argent des vacances s'accumule et vous est versé quand vous les prenez, ou à la fin du contrat. Le solde doit apparaître sur chaque fiche de paie. Pour les jours fériés, l'agence peut soit verser les 3,2 %, soit payer les jours fériés eux-mêmes après treize semaines. Le 1er août est payé dès le premier jour s'il tombe sur un jour ouvrable.

Prenons une mission de fin d'année de six semaines dans un entrepôt de Crissier, sans formation, à 42 heures par semaine, dans une entreprise sans autre convention étendue. Crissier fait partie de l'arc lémanique : le minimum est de 27,12 francs l'heure. Sur 252 heures, cela fait 6’834,24 francs bruts, dont 526,68 francs de 13e, 483,84 francs de vacances et 181,44 francs de jours fériés. Les vacances peuvent être versées chaque mois puisque la mission dure moins de trois mois.

La semaine normale compte 42 heures. De la 43e à la 45e heure, les heures supplémentaires sont payées sans supplément ou compensées. Au-delà de 45 heures par semaine ou de 9,5 heures par jour, elles sont majorées de 25 %. Le dimanche est majoré de 50 % et le travail de nuit occasionnel, entre 23 h et 6 h, de 25 % ; ces suppléments ne s'additionnent pas, seul le plus élevé s'applique (CCT, art. 12, 24 et 25). Le salaire est versé au moins une fois par mois, au plus tard le 5 du mois suivant.

Sur ce brut, l'agence déduit les cotisations sociales habituelles, une contribution professionnelle de 0,4 % pour l'application de la convention et la formation continue, et votre part de l'assurance maladie perte de gain. Cette assurance mérite qu'on s'y arrête.

Maladie et accident : 80 % après deux jours au plus

Si vous tombez malade pendant une mission, une assurance collective vous verse au moins 80 % de votre dernier salaire normal, après un délai d'attente de deux jours ouvrables au plus. La couverture commence le jour prévu pour votre entrée en fonction, et elle paie aussi une incapacité partielle dès 25 % (CCT, art. 28 et 29). Vous ne payez pas plus de la moitié de la prime, et au maximum 3,5 % de votre salaire.

La durée dépend de votre situation, et l'écart est énorme. Vous avez droit à des indemnités pendant 720 jours sur une période de 900 jours si l'entreprise d'accueil applique une convention étendue, ou si vous êtes assuré à la LPP par l'agence. Sinon, c'est 60 jours sur 360. Un renfort de Noël de six semaines, sans enfant, dans une entreprise sans convention étendue, entre dans le second cas.

Prévenez immédiatement l'agence, et pas seulement le chef d'équipe de l'entreprise : la convention vous y oblige, car c'est l'agence qui vous emploie. Pour les accidents professionnels, vous êtes assuré à la Suva du premier au dernier jour de travail ; les accidents non professionnels suivent les règles de la Suva (CCT, art. 30). La question suivante, celle de la retraite, dépend elle aussi de la durée de votre contrat.

LPP : quand le deuxième pilier commence

Vous êtes assuré à la prévoyance professionnelle dès le premier jour si votre contrat est de durée indéterminée, s'il a été conclu pour plus de trois mois, ou si vous avez une obligation d'entretien envers un enfant. Un contrat de moins de trois mois prolongé au-delà devient assuré dès que vous apprenez la prolongation. Et dès la 14e semaine de travail, l'assurance est obligatoire dans tous les cas (CCT, art. 31).

Frise des droits selon l'ancienneté : dès le premier jour Suva, perte de gain maladie, 1er août et LPP selon le contrat ; préavis de deux jours ouvrables les mois 1 à 3, de sept jours les mois 4 à 6, d'un mois dès le 7e
Les droits qui s'ouvrent au fil des semaines, et le préavis qui s'allonge, pour un intérimaire soumis à la CCT Location de services. Sources : LSE art. 19, CCT Location de services.

La convention calcule la cotisation à l'heure. L'exemple qu'elle donne part d'un salaire de 25,75 francs, retire une déduction de coordination de 12,10 francs et assure 13,65 francs par heure, soit 2’047,50 francs pour un mois de 150 heures. Les missions effectuées dans la même agence sur douze mois s'additionnent pour ces calculs. Quand vous quittez l'agence, votre avoir suit : vous le transférez à la caisse de pension de votre prochain employeur, ou sur un compte de libre passage.

C'est souvent à ce moment qu'arrive la question que se posent beaucoup d'intérimaires : et si l'entreprise me proposait un poste fixe ?

Quand la mission devient un poste fixe

L'agence ne peut pas vous en empêcher. La loi déclare nul tout accord qui entrave votre passage à l'entreprise d'accueil une fois votre contrat terminé, et tout accord qui interdit à l'entreprise de vous engager une fois la location terminée (LSE, art. 19 et 22). Une clause de non-concurrence glissée dans votre contrat de mission ne vous lie donc pas sur ce point.

La seule chose que l'agence peut obtenir concerne l'entreprise, pas vous. Si la location a duré moins de trois mois et que l'entreprise vous engage moins de trois mois après, l'agence peut lui facturer une indemnité, à condition que leur contrat le prévoie. Elle ne dépasse pas ce que l'entreprise aurait payé en frais et en marge pour une mission de trois mois, moins ce qu'elle a déjà versé à ce titre. À vous, l'agence ne peut rien réclamer : la loi lui interdit d'exiger des frais du travailleur.

Concrètement, mettez d'abord fin au contrat avec l'agence en respectant le préavis, ou attendez la fin de la mission. Demandez le décompte de vos vacances et de vos heures non payées, votre certificat de travail, et l'adresse de la caisse de pension pour le transfert de votre avoir LPP. Le nouveau contrat est un contrat de travail ordinaire : il peut prévoir un temps d'essai, d'un mois sans accord contraire et de trois mois au plus (CO, art. 335b). Vous connaissez déjà le poste, ce qui donne un argument pour négocier un essai court.

Votre ancienneté repart de zéro chez le nouvel employeur, et les délais de congé du Code des obligations remplacent ceux de l'intérim : après le temps d'essai, un mois pour la fin d'un mois pendant la première année de service. Si l'intérim s'arrête sans poste fixe, vos missions comptent comme mois de cotisation au chômage ; notre guide sur le chômage en Suisse détaille le calcul.

Avant de signer votre prochaine mission

Avant la signature, demandez trois choses à l'agence : votre classe de salaire et la base horaire qui va avec, le nom de la convention qui s'applique dans l'entreprise d'accueil, et les conditions de l'assurance perte de gain, que la convention l'oblige à vous communiquer par écrit. Comparez la base au minimum de votre catégorie, en vérifiant si l'entreprise se trouve dans une région à hauts salaires.

Pendant la mission, gardez vos fiches de salaire et un relevé de vos heures. Si un montant manque, écrivez à l'agence avec le calcul. Les commissions paritaires de la location de services contrôlent les agences, et vos créances de salaire ne se prescrivent que par cinq ans (CO, art. 128).

Les frontaliers qui commencent une mission en Suisse trouveront les règles du permis dans notre article sur le permis G. Les missions en cours sont sur nos pages emplois temporaires à Genève, dans le canton de Vaud, en Valais, à Fribourg et à Neuchâtel.

Questions fréquentes

Une agence d'intérim peut-elle me faire payer une inscription ?
Non. La loi sur le service de l'emploi déclare nul tout accord qui exige de l'intérimaire des émoluments ou une avance d'argent. Une agence qui demande des frais d'inscription ou de dossier n'a pas le droit de les encaisser, et vous pouvez en demander le remboursement.
Ma mission est-elle valable si je n'ai rien signé ?
Oui, le travail effectué reste payé. Le contrat écrit doit en principe être signé avant le premier jour, ou le plus vite possible en cas d'urgence, et il peut manquer seulement pour une mission de six heures au plus. S'il manque ou est incomplet, ce sont les usages locaux et professionnels ou la loi qui s'appliquent, sauf conditions orales plus favorables.
Un frontalier peut-il travailler en intérim à Genève ou dans le canton de Vaud ?
Oui. L'agence est votre employeur et c'est elle qui fait les démarches. Un ressortissant de l'UE ou de l'AELE engagé pour trois mois au plus n'a pas besoin de permis : l'employeur l'annonce en ligne au plus tard la veille du premier jour. Au-delà, il faut un permis, le permis G si vous rentrez chez vous au moins une fois par semaine.
Que faire si l'agence paie moins que le minimum de la CCT ?
Demandez d'abord par écrit le détail de votre classe de salaire et le calcul de votre taux horaire. Si la réponse ne vous convainc pas, la commission paritaire de la location de services contrôle les agences et peut leur infliger des peines conventionnelles. Vos créances de salaire se prescrivent par cinq ans, vous pouvez donc réclamer même après la fin de la mission.

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